En amont de l’écriture de la pièce, Karen Brody, mère de famille, dramaturge et co-fondatrice du mouvement BOLD, a interviewé une centaine de femmes entre 2000 et 2004 sur leur vécu de grossesse et d’accouchement et elle s’est largement inspirée de ces récits d’expériences pour composer son oeuvre. En ce sens, c’est une pièce-témoin. Naissance a souvent été comparée aux Monologues du vagin dans son inspiration (les témoignages), dans son ton (cru et réaliste), dans son succès et dans son effort pour dénoncer les violences envers les femmes et lever le tabou de la réalité de l’accouchement en Occident (pas si sécuritaire qu’on le prétend) et de la souffrance interdite des mères.

La pièce est composée en 2004 et jouée pour la première fois en 2006. Elle met en scène huit femmes qui racontent l’histoire de leurs grossesses et leurs accouchements de façon à la fois drôle et émouvante. Un large éventail de portraits de femmes et d’histoires d’accouchements est déployé tout au long de la pièce, depuis Amanda, qui a l’intime conviction que son « corps assure » et que les femmes sont faites pour accoucher, en passant par Vanessa, pleine de détermination et de bon sens, Beth, la carriériste qui a besoin de tout contrôler, Janet qui malgré son penchant pour le « naturel » en vient à souhaiter un accouchement très médicalisé, jusqu’à Lisa, qui exprime une colère et une amertume profondément ancrées.

Dans chaque histoire sont évoqués des choix personnels, la péridurale de Janet, la naissance à domicile de Jillian ou la césarienne de Sandy, et ces choix sont exposés sans jugement. La pièce est un original mélange rythmé et burlesque de narrations et de scènes d’ « action » (les accouchements). Certaines scènes peuvent provoquer des émotions intenses en ce qu’elles renvoient souvent beaucoup de femmes à leurs propres expériences de naissance.

Outre la qualité dramatique de ces « monologues du vagin » de l’accouchement qui ont été acclamés par la critique, une des originalités de la pièce, qui aborde le sujet d'un travail particulier, celui des femmes qui accouchent, réside dans le fait qu’elle est exclusivement jouée dans le courant du mois de la Fête du Travail c’est-à-dire en septembre aux Etats-Unis et mai en France. L’acronyme et le sigle qu’est BOLD permettent un jeu de mots entre le jour de la Fête du travail et le jour où les femmes entrent « en travail » c’est-à-dire s’apprêtent à accoucher. Tout comme les autres événements BOLD, la représentation est filmée et le film destiné à être diffusé auprès d’au moins trois personnalités du monde politique, médical ou éventuellement des médias, susceptibles d’influencer des actions en faveur de l’amélioration de la prise en charge de la grossesse et de la maternité.



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